Archives du mot-clé outil du BIM

Méthodologie d’enseignement propre aux outils du BIM

Méthodologie d’enseignement propre aux outils du BIM

Introduction

Le BIM est une véritable révolution pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. La digitalisation des informations, vise à éviter les erreurs humaines dues aux incohérences, aux oublies etc. On cherche également à être capable de rassembler l’ensemble des informations d’un projet sur une seule et même maquette. Le BIM est aujourd’hui en France, dans un état de développement. En effet, le nombre de projets réalisés en BIM est signifiant uniquement depuis une dizaine d’année. Mais d’autres pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, ont réussi à s’adapter rapidement à ce changement notamment grâce à l’importance que leur accorde leur gouvernement respectif. En France, l’état reste encore assez neutre sur la question malgré quelques communiqués pointant du doigt l’importance de l’évolution de la profession. Si le développement est relativement lent, c’est également dû à certains avis sceptiques sur la question qui voit le BIM plus comme une mode que comme un véritable bouleversement. Il y a du vrai dans cet avis dans le sens où il faut bien avoir conscience que les logiciels de BIM sont des outils et ne suffisent pas pour l’entièreté d’un projet. De plus, si certaines erreurs sont corrigées par un modèle, d’autres points de vigilance font surface comme les erreurs de modélisation.

Ainsi, pour parfaire son utilisation, il faut apprendre à maitriser les logiciels. L’apprentissage de nouveaux outils est complexe, il est important de développer une méthodologie propre au domaine. La question suivante se pose donc :

« Comment enseigner l’usage d’outils du BIM ? »

En nous basant sur notre expérience, nous allons essayer de réfléchir concrètement sur la manière d’enseigner l’usage de ces logiciels.

1-Expérience de deuxième année

En deuxième année, nous avons eu l’occasion d’avoir une première approche sur le sujet par une initiation à Revit. Au cours de ces 4 travaux pratiques, nous avons pu découvrir pour la plupart, LE logiciel de BIM le plus connu. Certains d’entre nous avaient cependant appris par eux-mêmes à maitriser les bases lors du projet d’architecture du premier semestre. En deuxième année, nous avions donc eu 4 cours :
-le premier était une initiation à Revit et à la modélisation
-le deuxième portait sur la création de familles
-le troisième concernait les nomenclatures, quantités et présentation
-le dernier parlait de la gestion de l’affichage, des vues et l’usage de filtre.
En plus de ces quatre leçons, nous avions un projet à réaliser qui était la modélisation du nouveau bâtiment de l’ESTP. 4 points sur 20 étaient consacrés à la création d’une famille tout droit sorti d’un catalogue IKEA. La création de famille est bien particulière, il était donc bon de pouvoir s’exercer sur ce seul sujet.

Nous avons eu pour nos cours des enseignants passionnés et intéressants. Mais le panel de compétences acquis au cours des cours, ne correspondait pas à nos besoins dans le cadre du projet. Du moins, nous ne nous étions pas concentrés sur certains outils car nous n’en voyions pas l’utilité à l’instant t. Le projet permet de se rendre compte de l’importance de la maitrise de certains outils. Or, la méthode actuelle consiste à apprendre d’abord et à utiliser ensuite. Nous avons donc connu une lacune sur certains sujets. Cela nous a pris plus de temps à maitriser en conséquence. Par exemple, l’usage de filtres sur Revit est un élément extrêmement important. Mais au premier regard, ceux-ci semblent tout sauf intéressant. Au cours du cours, on suit donc bêtement l’enseignement en ayant tout oublié le lendemain. Et lorsqu’arrive le moment d’utiliser un filtre, bien entendu, nous ne sommes plus capables de le faire. Le projet a pris beaucoup de temps à cause principalement de cette absence de maîtrise sur certaines bases.

Cette expérience de deuxième année fut enrichissante bien que laborieuse et peu gratifiée (coefficient très faible par rapport à d’autres matières).

Méthodologie des professeurs :
La méthodologie était assez systématique pour les quelques cours que nous avons eu :
Un cours correspond à un thème,
Présentation du sujet au début,
Démonstration du professeur,
Exercice donner par le professeur,
Questions des élèves jusqu’à réussite de l’ensemble des élèves,
Fin du cours,
Nombre d’élèves limités (environ 40 à 50 élèves par séances) mais supérieur à la capacité de la salle BIM (Il n’y avait pas un poste par élève).
Sur le projet, la méthodologie était la suivante :
Énoncé du projet en cours avec présentation des objectifs à atteindre,
Création d’un forum format FAQ entre élèves et enseignants,
Aucun suivi de projet après son lancement
Retour d’expérience en troisième année sur notre vécu de l’option.
Après cette présentation de notre expérience vécu au travers des cours d’utilisation du logiciel Revit, nous allons pouvoir analyser notre vécu afin de tirer des conclusions sur les méthodologies à adopter pour les outils du BIM.

2-Méthodologie à adopter

   a-La méthodologie par approche projet

Il est clair que certains manques étaient à combler pendant cet enseignement de deuxième année. Mais l’idée d’utiliser un projet pour nous faire apprendre à utiliser des outils reste la meilleure. Mais cette méthode est à nuancer.
Une première approche pourrait être de se dire : « donnons-leur un projet laissons les avancer. Et ensuite donnons-leur les cours dont ils ont besoins. » Ce point de vue soulève un problème de taille : naturellement la plupart des élèves prendrons peur face au logiciel et ne fournirons pas de progression significative. Il faudra alors au final leur enseigner les bases pour qu’ils puissent réellement avancer sur le projet. Retour donc à la case départ.
Il doit cependant être possible d’envisager une méthode entre deux. En effet l’idéal serait d’avoir :
Une batterie de cours simples pour apprendre à maîtriser les bases de l’outil et dépasser la peur de l’inconnu
Un lancement du dit projet
Des séances de suivi du projet afin d’aider les étudiants à progresser à leur rythme
Un rendu de projet numérique ET oral.
La partie orale est importante car elle permet trois choses :
Séparer le bon grain de l’ivraie (élèves sérieux des élèves moins sérieux)
Faire comprendre aux étudiants leurs erreurs pour ne pas les refaire plus tard
Avoir un retour d’expérience direct et à chaud avec les élèves sur l’enseignement ; comprendre les points bloquants des élèves qu’on pourrait considérer comme simple (par exemple les nomenclatures sur Revit)
Nous pensons que cette approche projet stimule au maximum l’intérêt et l’investissement des étudiants.

b-La méthodologie des cours

Pour garder une audience attentive, il faut la captiver, l’occuper. Dans le cadre des outils du BIM, le meilleur moyen reste l’exercice. Plus une explication magistrale sera longue, plus les étudiants s’impatientent. Le meilleur moyen d’avancer et faire, et de faire faire en simultané. Le partage d’écran de la salle BIM est pour cela une réussite car cela permet de travailler tout en ayant les yeux sur ce que fait l’enseignant.

Afin que la concentration des élèves restent constante, il serait intéressant d’envisager les cours comme un mini-projet avec un objectif à la fin du cours. Par exemple : « aujourd’hui l’objectif est de réaliser l’ensemble d’un système poteaux-poutres d’un bâtiment, mais pour cela, nous allons voir la création de famille poteau et la création de famille poutre ». Ainsi un étudiant aura plus tendance à vouloir rester concentré afin d’arriver jusqu’au bout du cours.

L’arme ultime de tout enseignement reste bien entendu la notation, mais cela n’est pas spécifique à l’enseignement de l’utilisation de logiciels BIM. Noter le rendu de chaque séance peut être une méthode pour s’assurer une concentration maximale. Cependant la notation de TD ne doit pas être punitive car certains peuvent simplement avoir des difficultés sur l’usage d’un outil et rester bloquer dessus. Il faut être capable de juger de l’investissement plutôt que du résultat. Mais cela nécessite du temps et plus d’encadrants.

Conclusion

En conclusion, nous avons donc vu que les outils du BIM sont complexes. Ils nécessitent un apprentissage long et minutieux. L’ESTP c’est lancé ce challenge en proposant des cours obligatoires et deuxième année et une option en 3ème année. Dans notre article, nous nous sommes basés sur notre expérience en deuxième année et sur notre ressenti. Nous avons essayé d’être objectif et constructif afin que cela puisse porter les futurs étudiants de l’ESTP vers une meilleure maitrise de ces outils.
Cependant, nous n’avons pas abordé certains points ; relatifs plutôt à la compréhension du BIM en tant que tel plutôt que dans l’apprentissage de l’usage de ses outils. En effet, l’usage d’un outil est une chose. Mais il est important de comprendre en profondeur ce que l’on fait. Il ne faut pas voir Revit comme un simple logiciel de modélisation 3D ou Tekla comme un très bon logiciel de modélisation 3D de construction métallique. Il faut être capable d’appréhender l’approche objet de ces outils et l’importance de l’information. Si en sortant d’un cours d’usage de Revit, un élève n’a pas compris qu’il n’a pas seulement dessiné en 3D un bâtiment, mais qu’il a apporté des précisions structurels, thermiques, acoustiques, de phasage, de planning, de fournisseur ou de prix sur les éléments qu’il a modélisé alors le cours est un échec.
De même, il est important de bien faire comprendre que le BIM ne se limite pas à Revit, et que bien d’autres logiciels ouvrent un champ des possibles bien plus large. Revit est l’outil de base c’est pourquoi il est normal de commencer par lui, mais il faut bien faire comprendre aux élèves que lorsqu’on parle des « outils du BIM », on ne parle pas que de Revit.
Pour finir, nous nous sommes limités à nos connaissances par rapport à notre vécu. Il serait intéressant d’interroger d’autres écoles ou formations professionnelles sur le sujet afin d’améliorer au maximum les conditions d’apprentissage de ses outils.

Share Button