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Le BIM comme véritable prototype d’un ouvrage de BTP ?

Aujourd’hui, le secteur de la construction se différence de l’industrie par le triptyque Maître d’Ouvrage – Maître d’Oeuvre – Entrepreneur. Cette spécificité organisationnelle se justifie par le fait que chaque ouvrage est unique en matière de conception et de réalisation, et que l’on ne peut pas le construire plusieurs fois jusqu’à satisfaction du client. Ainsi, des sociétés d’ingénierie sont chargées de concevoir le projet sur plans, sans avoir de recul sur sa réalisation. Des entrepreneurs sont ensuite chargés de la construction à partir de ces plans. En pratique, ils ont toujours recours à des améliorations des plans, des adaptations nécessaires à la réalisation d’un ouvrage cohérent dans son ensemble. Un projet de construction évolue donc beaucoup entre les plans et la réalisation, puisque chaque ouvrage est en fait son propre prototype évolutif.

L’industrie, quant à elle, peut adapter son projet, un nombre infini de fois, lors de la phase de conception, jusqu’à obtenir ce qu’elle souhaite. Pour cela, elle réalise des prototypes auxquels elle fait subir des essais et tests. Lorsque la conception est aboutie, la production ne comporte plus aucun aléa. L’industriel est alors capable de garantir une qualité et une conformité aux plans parfaites. Ainsi, le client est certain d’avoir le produit qu’il souhaite et n’intervient pas en phase de production. C’est la relation Client – Fournisseur.

Le Business Information Modeling (BIM) peut faire énormément bouger les choses dans le secteur du BTP. La mise en place de cette maquette numérique intelligente va en effet permettre de définir énormément de choses dès de la phase de conception grâce à la 3D. Le projet pourra être conçu dans sa globalité et en détails, mettant par conséquent fin aux adaptations des plans lors de la phase d’exécution des travaux.

Le BIM permet de plus de faire subir à l’ouvrage global toutes sortes de modélisations et de tests numériques. On peut ainsi se rendre compte dès la phase de conception de tous les problèmes éventuels de réalisation, et d’adapter en conséquence la maquette jusqu’à obtenir le résultat escompté. On peut aussi définir et prévoir la méthodologie de construction dès la phase de conception, en déduire un planning, pour préparer le travail de l’entrepreneur.

La maquette numérique pourra donc se suffire à elle même et deviendra le prototype du projet. Les travaux deviendront alors la phase de production du projet, sans adaptations, comme dans l’industrie.

On peut même imaginer que la maquette sera utile pendant toute la durée de vie de l’ouvrage, s’adaptant à ses modifications, comme une sorte de « Carte Vitale », pour prévoir sa maintenance, les travaux de rénovations nécessaires, et même sa démolition.

En ce qui concerne les entreprises, on peut penser que le BIM va bouleverser le triptyque historique de la construction en France. Il n’y aura plus litiges entre les sociétés d’ingénierie, réalisant la maquette numérique, et les entrepreneurs chargés de la produire. Et en allant plus loin, des ingénieurs travaux seront même nécessaires à la création de la maquette. Ces deux acteurs auront donc intérêt pour être efficaces à se rapprocher, voire à fusionner dans de grands ensembles de conception-réalisation où la phase de réalisation ne sera plus que l’assemblage selon la maquette stricto sensu.

On peut tout de même entrevoir une limite à ce prototype numérique en ce qui concerne la phase de construction : on sera toujours soumis aux aléas météorologiques et au fait que ce sont des hommes qui construisent, en opposition avec l’industrie qui produit à l’abri, et à l’aide de robots. On peut cependant imaginer que le BIM propose également des solutions sur ces sujets, en permettant d’adapter le projet à des conditions particulières de réalisation.

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