BIM : Révolutionnaire, Controversé et Prometteur.

Ces dernières années, l’acronyme BIM est sur toutes les lèvres et depuis son apparition, le Building Information Modeling a été à l’origine d’une véritable révolution dans le milieu de la conception architecturale et de la construction. Le BIM est « à la fois un logiciel, une base de données, un processus collaboratif voire une méthode de management ». Il pourrait se résumer en une maquette numérique qui « contient une base de données et une représentation graphique, en 2D ou en 3D, du bâtiment»(1). C’est un outil qui a permis une véritable libération des formes chez plusieurs architectes, notamment du mouvement déconstructiviste, tels que Frank Gehry ou Zaha Hadid. Ces derniers, souvent avides de volumétries déroutantes et futuristes, se sont appuyés sur ce nouvel outil pour se défaire des carcans qu’imposait parfois la conception en 2D.
C’est ainsi que Gehry a pu signer des édifices aussi iconiques par leur forme que le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles ou la très fraichement inaugurée Fondation Louis Vuitton à Paris, et que la Britannique Hadid propose des édifices aux courbes fluides et fuyantes dans des projets comme l’Opéra de Guangzhou en Chine.

Si de telles réalisations d’une grande sophistication apparente suscitent un lot d’admiration quasi immédiat chez le public profane, le milieu des architectes est quelque peu divisé. Souvent critiqués à la fois pour leurs partis pris architecturaux, décrits comme formalistes et décontextualisés, c’est surtout pour le processus de conception que permet le recours au BIM qu’ils sont décriés. Frank Gehry, est incontestablement la figure la plus représentative d’un ensemble d’architectes dont la démarche consiste à partir de formes abstraites sous formes d’esquisses d’intentions, matérialisées en maquettes, et de leur donner vie au moyen de scans 3D pour aboutir à une représentation concrète grâce au BIM et que la très classique CAO -conception assistée par ordinateur- aurait rendu très laborieuse. Ce que soulignent les détracteurs c’est que l’usage du BIM mène à une aliénation de la conception et n’aboutit pas à un véritable travail sur l’espace et donc à une Architecture mais se limite à la production d’édifices, certes très esthétiques, mais qui relèvent plus de l’objet formel ou de la sculpture.

S’il divise les architectes en deux camps idéologiquement opposés, les professionnels de la construction ont un avis majoritairement positif et le présentent comme un outil d’avenir incontournable, et cela malgré l’aspect couteux qu’implique son adoption due à la fois à un coût d’acquisition mais aussi et surtout à un coût de formation à une nouvelle technologie. Ainsi des grands groupes comme Bouygues en assument l’utilisation comme un gage de qualité et en font ouvertement la promotion à travers le site BimGeneration(2), y rappelant à quel point le BIM permet de créer un support commun à l’ensemble des intervenants dans la conception et la réalisation d’un projet. Assurant la garantie d’une communication claire et d’une rationalisation de la conception et de la réalisation entre les différents acteurs et ce, dès les prémisses du projet, la modélisation par BIM serait donc avant toute chose un formidable moyen dans la mise en oeuvre de projets d’une grande complexité. S’imposant de plus en plus dans de nombreuses structures et agences, principalement dans le monde anglo-saxon avec un taux d’adoption de près de 50% aux Etats-Unis contre un peu plus d’un tiers en Europe occidentale(3) où il se répand de plus en plus, lentement mais surement. En France, les déclarations de L’ancienne Ministre Cécile Dufflot prévoyant un déploiement du BIM obligatoire à tous les marchés publics d’ici 2017(4), sont un signe annonciateur que ce dernier deviendra très vite indispensable et incontournable. Aux architectes maintenant de se positionner et d’en faire le meilleur des usages.

(1)Julien Beideler, Le plan pour faire basculer le batiment dans le BIM, Le Moniteur, 27mars 2014

(2 )www.bimgeneration.com

(3)McGraw-Hill Construction, Rapport Smartmarket, Etude sur l’utilisation de la BIM par les architectes en France et en Europe, 2010

(4)Antoine Hudin, Le BIM c’est maintenant ou Presque… , Le Moniteur, 3 septembre 2014

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